La République des
Pyrénées : Que reste-t-il de la famille centriste ?
Jean Lassalle : « C'est la difficile histoire
de la famille centriste et démocratique que d'être perpétuellement éparpillée. Elle a fait illusion pendant
une trentaine
d'années, au sein de l'UDF. Cela tenait à la personnalité de Valéry Giscard d'Estaing, président de la République. Mais notre famille n'était
La République des
Pyrénées : Le MoDem a-t-il donné son
indépendance au centre ?
Jean Lassalle : La revendication d'une indépendance était fondamentale, autour de l'expression d'une
forme d'humanisme. Et on s'est retrouvés à la tragédie
du second tour. Au premier tour, tout va bien,
plus indépendant que nous, tu meurs.
Mais au second tour, c'était
systématiquement le refuge dans
les bras
du RPR puis de l'UMP. Cette famille qui n'a
jamais cessé de revendiquer son indépendance, n'avait jamais réussi à l'acquérir.
Avec François Bayrou, nous
avons voulu être la génération qui donnerait l'indépendance à cette famille
politique qui a produit de grands esprits.
La République des
Pyrénées : Mais à quel prix ?
Jean Lassalle : Cela a failli porter ses fruits
en 2007. Mais une partie des
centristes a choisi de faire un virage sur l'aile pour rejoindre l'UMP au
second
tour. Nous n'étions plus que cinq candidats
à soutenir François Bayrou alors qu'on
aurait pu
faire élire une centaine de députés. C'était une véritable
saignée à blanc. Ce n'est pas facile de s'en relever. Quand
vous vous retrouvez à trois
à l'Assemblée nationale, coincés entre 300 députés UMP et 200 députés
PS, vous sentez presque
physiquement ce
poids. Pour François Bayrou,
cela a été
plus cruel encore.
La République des Pyrénées : Les candidats ne vont pas manquer
au centre, en 2012. Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, François Bayrou...
Jean Lassalle :
Il y a un mois, ils chantaient les louanges du gouvernement. Comment peuvent-ils être crédibles en changeant de discours aujourd'hui ?
Cela me semble
relever d'un mélange explosif
d'ambition et de trouille. Leurs électeurs vont devoir se poser la question, si Nicolas Sarkozy se représente
: pourquoi voter
pour la copie plutôt que l'original ?
La République des Pyrénées : Jean-Louis Borloo revendique aussi son indépendance... Il a pris
de l'ampleur, non ?
Jean Lassalle : Qui aurait pu
imaginer la politique il y
a un an sans un Douste-Blazy ? Des hommes aux portes
Léotard, des Alain Madelin. Est-ce que quelqu'un a une vague idée de ce qu'ils ont pu
devenir ?
La République des
Pyrénées : Le MoDem a-t-il fini de manger son pain noir ?
Jean Lassalle : On rentre dans
la préparation de notre projet. En 2012, nous
allons pouvoir concourir à nouveau, avec une chance d'accéder aux responsabilités
beaucoup
plus importantes que la plupart des observateurs ne la perçoivent encore. L'UMP va être très prise par son bilan et par
le retour du Front
national.
Le PS est victime
de son éparpillement et de son incapacité
latente à se doter d'un véritable leader. Nous avons beaucoup de défauts,
mais pas celui-là.
La République des Pyrénées : Entre-temps, il y aura les élections cantonales. Indépendance nationale et alliance départementale avec l'UMP, n'est-ce pas
un peu contradictoire ?
Jean Lassalle : Ce n'est pas la partie la plus facile à expliquer
de notre posture. Après les municipales de 2008, alors que j'étais
un président de l'Association
des maires de France qui n'était, je crois,
pas politisée, le PS a construit contre moi une liste et j'ai perdu la présidence
pour 22 voix.
La République des
Pyrénées : Est-ce que vous
m'imaginez pouvoir construire quelque chose demain avec
Jo Labazée ou David Habib ?
Jean Lassalle :
On ne peut pas nier 40 années d'histoire commune avec l'UMP dans ce département.
Ils ont
respecté ce que nous étions.
Notre travail en
commun
est aussi clair que l'est la cohabitation houleuse de l'exécutif régional PS-Verts. Et puis, il faut
être lucide, on ne peut pas faire
l'impasse
sur le dernier conseil général que nous tenons,
dans le département de
François Bayrou.
La République des
Pyrénées : Quel commentaire vous inspire le débat sur la clinique d'Oloron ?
Jean Lassalle : Je n'ai pu
arriver à favoriser le rapprochement entre la clinique et l'hôpital.
Je n'ai pas été en mesure de mettre autour de la table,
une seule fois, l'ensemble des acteurs. J'ai le coeur serré pour ce personnel admirable. Ils ont fait preuve d'un courage et d'une
le respect.
On avait la chance à Oloron
d'avoir un
hôpital et une clinique. La clinique va fermer. J'ai dit et je répète
que la maternité
est vitale pour
Oloron et ses vallées.
Ce n'est pas négociable. Mais si Kapa
santé n'était pas venu il y a deux
ans, nous n'avions aucune chance de la garder. Désormais,
je me mets à la totale disposition de
la démarche engagée pour sauver la maternité et l'offre de soins sur le territoire.
La République des Pyrénées : Les législatives 2012 face à Bernard Uthurry et Hervé Lucbéreilh ?`
Jean Lassalle :
Par engagement personnel, j'ai toujours
aimé être confronté aux meilleurs d'une époque. Comme ça, on ne peut
pas vous reprocher une élection
au rabais. Dans une
circonscription aussi caractérisée par ses
identités et ses langues, il faut
une personnalité qui ait le maximum de reconnaissance
et de légitimité. La légitimité, elle vient de ces grands
affrontements. Si c'est ce tiercé-là qui s'affronte en 2012,
on ne sera pas loin du tiercé majeur.
La République des
Pyrénées : La récente réunion publique sur le projet de route nouvelle Pau-Oloron
a cristallisé les oppositions...
Jean Lassalle :
Aujourd'hui, les courants d'opinion se font contre ces ouvrages. Vous ne pouvez
pas gagner contre cette mobilisation
du coeur. Moi, je
veux créer un courant d'opinion qui comprenne que, s'il n'y a pas de réelle liaison routière entre Pau et Oloron,
on peut perdre les 4 000 emplois du bassin
industriel
oloronais. Et cela changera complètement la physionomie de cette ville et de ce territoire.
La République des Pyrénées : Vous avez
du mal à convaincre, visiblement...
Jean Lassalle :
Je veux sortir
ce projet du champ de la politique politicienne, créer une prise de conscience positive. Mais
rien n'est plus pareil dans
l'approche des grands
travaux d'infrastructures depuis la bataille du tunnel du Somport.
Je veux rencontrer
les maires qui ont voté contre la Pau-Oloron
et voir ce qui coince.
La République des
Pyrénées : Le 13 janvier, vous animerez
une nouvelle réunion publique
sur le ferroviaire, cette fois...
Jean Lassalle : Je veux
faire le point sur les travaux du
ferroviaire. Force est de constater qu'aujourd'hui, aucun projet crédible
ne dépasse Pau. Il
y a une moitié
de ce département qui ne rentre
dans aucun schéma !
La République des
Pyrénées : La rénovation de la ligne entre Pau et
Oloron s'achève pourtant, non ?
Jean Lassalle : Ce ne sont pas
ces aménagements qui vont répondre à l'impérieuse question des industriels sur l'avenir d'Oloron. Les trains express régionaux,
c'est pour les
voyageurs. On ne va pas y transporter le matériel
nécessaire à nos usines. Il
faut jouer la complémentarité rail/route. Le train était un
élément presque
vénéré jusqu'il y a quelques années. Aujourd'hui, il y a des gens qui ne veulent ni du
train, ni de la route. »
Propos recueillis
par Sébastien Lamarque.